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La valse des formats

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D’ici 5 ans, le streaming sera le grand gagnant des bouleversements engendrés par la dématérialisation de la musique. Après avoir conquis les geeks, les jeunes et les DINKs, il séduit désormais aussi bien la ménagère que l’ayatollah de l’indie rock. Ubiquité, quasi-exhaustivité, faible coût, instantanéité, partage, découverte : le streaming a tout pour lui. Mais doit-on vraiment s’en réjouir ?

Un peu d’histoire

Au commencement était la musique. Seulement la musique. Après une période osso-bucale assez rudimentaire, l’histoire démarre vraiment avec les bardes, troubadours et autres saltimbanques qui égayaient tant bien que mal le quotidien pas toujours festif des nobles comme des sans-grades. Les moines aussi trompaient l’ennui – et diffusaient leur message évangélique – en poussant la chansonnette.

Puis vint le temps de l’opéra, du baroque et du classique : du sérieux, du lourd, des gens payés par le roi pour tutoyer la beauté et faire briller la monarchie. A la fin du 19e siècle, voilà-ti-pas que « le système harmonique est poussé jusqu’à ses limites et aboutit à ce que certains appellent la crise du système tonal » ! C’est donc sur ses cendres fumantes que naîtront la musique moderne puis contemporaine, aujourd’hui découpée en exactement 431 sous-genres sur Discogs.

De la musique à l’industrie de la musique

L’industrie de la musique est née le jour où la musique est devenue reproductible, donc commercialisable :

  • Etape n°1 : l’imprimerie, qui permit de reproduire les partitions donc de jouer le même morceau en plusieurs endroits simultanément (ou pas).
  • Etape n°2 : Edison et Berliner. Passons rapidement sur leurs expérimentations et le 78 tours pour arriver directement à :
  • Etape n°3 : l’invention du disque vinyle en 1946 par Columbia.

Dès lors, la machine s’emballe. Avec son sillon à taille réduite permettant un bon 20 minutes de musique par face, son poids plume et son process de fabrication vraiment industriel, le disque vinyle est le format qui va rendre possible l’idée de possession de la musique, et inaugurer la valse des formats.

Le disque vinyle : grandeur …

Commercialisé à partir de 1948, le disque vinyle va régner en maître pendant près de 50 ans. Fabriqué à des centaines de millions d’exemplaires, il ne fera pendant cette période que rarement l’objet d’un culte fétichiste. On le signe au stylo bille ou au marqueur, on l’use jusqu’à la corde, on le trimballe de soirées en soirées, on le noie sous la bière, on le déchire, on le redessine … Il est dans chaque foyer mais personne n’y fait attention. Pour autant, on ne saurait vivre sans lui.

… Et décadence !

Seulement voilà, dans l’ombre, le progrès tisse dès la fin des années 70 sa toile sous la forme d’une petite tranche de plastique aux reflets chatoyants. Encombrement, temps d’enregistrement, qualité sonore : le CD constitue le même bond en avant que le disque vinyle vis-a-vis du 78 tours. Je me souviens encore de la première fois, en 1987, où j’ai vu des CDs chez une amie: Talk Talk, Daho et Tears For Fears. Je l’ai épousée. Lancé en 1982, le CD dépasse le vinyle en 1988. Dire qu’à l’époque on trouvait ça beau en dit long sur la capacité de l’industrie – fabricants de hifi, maisons de disque, distributeurs – à réduire notre esprit critique à l’état de légume bouilli (pour être honnête, il existe de très beaux CDs, comme en témoigne le livre « 1000 Design de CD extraordinaires » de la journaliste Estel Vilaceca).

Le village gaulois

On connait la suite de l’histoire : naissance du mp3 en 1994, de l’iPod d’Apple en 2001, et de Spotify en 2008, autant d’innovations et de nouveaux modes de consommation de la musique qui chacun leur tour signent l’arrêt de mort du format précédant. En 2020, sous l’impulsion des géants du secteur (Spotify, Deezer, Apple) il faut s’attendre à ce que le streaming ait étouffé toute autre forme de support.

Toutes, sauf une : maintenu sous perfusion par les chasseurs de samples dans les années 90 et 2000, le disque vinyle connait depuis une dizaine d’année un revival aussi inattendu que réjouissant. La dématérialisation à outrance (musique, littérature, cinéma, photo) ravive chez certains, dans un étonnant mouvement pendulaire, un besoin de toucher, sentir, regarder, écouter vraiment, et de constituer dans le même temps la bande-son grand format de sa propre vie. C’est là à mon avis le vrai ressort du retour du disque vinyle.

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